Mariage Maorais, Ile de Mayotte
     
Mariage Maorais, Ile de Mayotte





GRAND MARIAGE MAORAIS


Mayotte, l’autre île comorienne. Qui en 1975 choisit de rester française. Sans renier son âme africaine, ses rites musulmans, ses traditions. Grand mariage en tête. Cérémonial étonnant. Déboussolant. Sans mariée. Apparemment !
Même si 10 % seulement des Maorais sacrifient aux rites du grand mariage, c’est encore un code social, qui assoit la notabilité de l’homme, la respectabilité de son épouse. Plus de sacrifices sauvages et sanglants de zébus. Plus de mariage arrangé entre un notable cacochyme et une fraîche demoiselle juste sortie de l’enfance. Mais toujours une débauche de nourriture préparée par des centaines de femmes réquisitionnées pour l’occasion ; un amoncellement d’or pour constituer la dot ; des orchestres et des chanteuses pour animer les danses. Rituelles, sensuelles, unisexes !


PHOTOS © ERIK SAMPERS

TEXTE © ANNE LE DU





GRAND MARIAGE MAORAIS

LA FETE DU LAGON

Mayotte, l’autre île comorienne. Qui en 1975 choisit de rester française. Sans renier son âme africaine, ses rites musulmans, ses traditions. Grand mariage en tête. Cérémonial étonnant. Déboussolant. Sans mariée. Apparemment !

Matin après l’orage ! Le soleil habille les arbres de dentelle et de perles de pluie. Le vent fuit à grande vitesse vers l’Equateur laissant la mer d’huile. On barge sous un ciel limpide, comme tous les jours depuis deux semaines. Entendez qu’on emprunte l’antique rafiot reliant les deux îlots de Mayotte. Destination Pamandzi où se déroule le grand mariage d’Hindoul-Anzizat Abdourahamane et d’Ali Ben Aboutoihi. Un beau, un grand, un vrai mariage. Dans la pure tradition. Quatre semaines de festins, de danses, de chants, de défoulements, femmes d’un côté, hommes de l’autre. Tandis que la mariée enfermée attend dans les secrets de son alcôve, derrière les persiennes closes, que son mari l’honore. Quand il le veut. Dès qu’il le veut. Elle ne sortira qu’une semaine après la fin des festivités. Lestée d’une dizaine de kilos supplémentaires, preuve palpable et quantifiable de son bonheur conjugal. Étrange scénario, aux scènes bien réglées interprété en l’archipel des Comores. Mayotte, la « française » y compris.
Même si 10 % seulement des Maorais sacrifient aux rites du grand mariage, c’est encore un code social, qui assoit la notabilité de l’homme, la respectabilité de son épouse. Plus de sacrifices sauvages et sanglants de zébus. Plus de mariage arrangé entre un notable cacochyme et une fraîche demoiselle juste sortie de l’enfance. Mais toujours une débauche de nourriture préparée par des centaines de femmes réquisitionnées pour l’occasion ; un amoncellement d’or pour constituer la dot ; des orchestres et des chanteuses pour animer les danses. Rituelles, sensuelles, unisexes !
Le grand mariage. Un choc, un paradoxe ! Une prise temporaire de pouvoir, de possession par les hommes. Une résurgence du passé que subit la jeune épouse. Des semaines passées allongée, à avaler des plats roboratifs, gras, sucrés, pour acquérir fesses, ventre et seins ; massée du matin au soir d’huiles essentielles d’ylang ylang et de jasmin, réputées émoustillantes.

Hindoul-Anzizat vient d’épouser Ali Ben Aboutoihi. Mariage librement consenti. Célébré par le cadi en présence du prétendant, du père de la mariée, des témoins. Mais sans la jeune fille, déjà cloîtrée dans sa chambre. L’union caidale décrétée, le père d’Hindoul la confie officiellement à son mari, en l’introduisant dans la chambre nuptiale. Premiers « ébats amoureux » guettés par les vieilles tantes pour témoigner de la virginité de leur nièce. « Une épreuve, une humiliation meme lorsqu’on aime son mari », confie en chuchotant Hindoul- Anzizat. L’acte accompli, la noce peut débuter, les invités se réjouir, le mari, entre siestes coquines et repos du guerrier, rejoindre ses copains, pavaner, heureux. Hindoul reste recluse, hors du monde ne percevant que quelques bribes de musique, quelques cris, quelques rires d’une fête organisée en son honneur, mais dont elle demeure étrangère ! Hindoul se morfond, s’ennuie. Du lit au lit. De massage en massage. Elle ne s’intéresse meme plus à la couleur du salouva, longue jupe paréo en mousseline de soie et à celle de la kichali, splendide étoile brodée, que sa mère lui tend le matin. À chaque jour sa tenue, plus belle que la précédente. Mais à quoi bon s’envelopper de soie pour demeurer dans la semi pénombre ? Avec comme compagnon, incongru son portable dont la sonnerie la tire régulièrement de sa torpeur.
Est-ce le souvenir cruel de leur grand mariage, de cet abandon, de cet état extreme de dépendance qui ont incité les Maoraises, il y a des lustres, à prendre le pouvoir. Par la séduction, la sensualité, la ruse. Car dans cette société, a priori machiste, la femme, une fois mariée, régente les affaires politiques comme les choses de l’amour. Amante aguerrie, elle possède l’art de l’œillade ourlée de khol, du déhanchement callipyge, du frôlement langoureux, signaux muets traduisant l’envie de caresses, d’extase, qu’accentue encore le hangue, remis le jour de ses noces par sa mère.
Accessoire érotique, secret, tabou. Il a fallu une partie de pêche bien arrossée, entre deux séquences du grand mariage et la rencontre magique avec des baleines pour que Ben Ali Youmassa, pêcheur de son état, évoque, à la lune montante, les yeux allumés de désir, le hangue. « Une promesse de bonheur, je’ te jure ! Imagine, une longue longue ceinture de petites perles de verres imprégnées d’ylang, qui s’ajuste sur les hanches, scintille sur la peau, descend en cascade odorante jusqu’au sexe.
Quand Habiba porte son hangue sous son lamboana, ondule et se frotte contre mon bassin, je perçois le renflement des perles et suis déjà au septième ciel n’ayant qu’une envie faire rouler le hangue sous ma langue, m’enivrer de son parfum suave. Le hangue, c’est un truc de sorcière. Magique »
Sorcières les Maoraises ? Peut-Être. Diablesses assurément, qui ne ratent aucune occasion de se moquer des hommes. Avec un sens rare de la provocation, de la parodie. La raillerie atteint son paroxysme pendant le Mbiwi, la veille de la grande procession nuptiale masculine.
Au rythme des bâtons et des chants, sous les youyous aigus alors que les aînées assemblent les bijoux en or de la dot, les plus hardies des invitées se trémoussent en rythme, s’enlaçant à qui mieux mieux, aguicheuses, cambrées à souhait. Chaud, très chaud. Aucun homme n’assiste à cette mascarade. Banni !
« Pour bien danser il faut remuer les fesses et les seins juste les fesses et les seins, en impulsant à tout ton corps un tremblement à partir de la plante des pieds, « lance dans un éclat de rire rauque Aviati Sofu. Plantureuse, le visage paré du m’zinzano, masque au bois de santal, de poudre de corail et de

safran, les cheveux enduits de jasmin entêtant. Aviati joue les meneuses. Soudain, elle se courbe, saisit une canne, abane. Les youyous doublent d’intensité. Les rires aussi. Aucun doute, meme pour la moins avertie des spectatrices, Aviati mine un vieil homme tentant de déflorer sa jeune épouse. « Nous nous sommes battues pour que les mariages arrangés disparaissent. Mais nous les anciennes nous avons connu cela, le grand mariage avec un homme incapable de parvenir à ses fins. », explique Chamsiddine Moirafou, grosse matrone de 68 ans. Moi le mien il avait 71 ans… J’en avais 17 ! Il est mort peu de temps après. Cette danse, c’est une façon de stigmatiser ce souvenir, de le tourner en dérision. »
Du fond de la salle, comme pour calmer le jeu, s’élève une mélopée. Un groupe de jeunes femmes vêtues du meme lamboana chantent doucement, en se balançant lentement, très lentement, soulevant en rythme, avec une sensualité retenue leurs épaules, élevant leurs mains en corolle, s’inclinant avec grâce.
Apportant une note de pureté….de fraîcheur. Une tonalité nouvelle. Demain, les deux plus belles d’entre-elles, précéderont le marié et ses témoins lorsqu’ils se rendront en longue procession masculine, au son des tambours et sous les pluies de riz, pour rencontrer le cadi et les notables afin d’entériner définitivement le mariage. Trois cinquante hommes en kanzu immaculé, la tête coiffée du kofia, passeront en dansant sous les fenêtres closes d’Hindoul-Anzizat. Toujours sur son lit. Et pour dix jours encore. Dix jours avant de revoir le soleil, de renaître à la vie.
« Tout homme arrivé à maturité doit prendre une épouse belle, loyal, sage, polie, tendre, délicate et attentionnée. Et la combler d’enfants…six au maximum ». Ainsi parla le cadi, le dernier dimanche du grand mariage d’Hindoul-Anzizat Abdourahamane et d’Ali Ben Aboutoihi. Avant que la foule s’éparpille. Que les hommes et les femmes se séparent, pour séparent, pour célébrer à leur manière, chacun de leur côté les noces nouvelles.
Demain, lundi, sera un autre jour. Pas pour Hindoul, toujours allongée, toujours gavée… Pas pour Alid Zalia, Mariama Djafar, Baraka Assan, Maama Oumadi, cueilleuses d’ylang-ylang. A six heures pile, comme à l’accoutumée, elles escaladeront les pentes volcaniques et raides d’une plantation du côté de Combani. Dans le centre de l’île. Et avec une dextérité sans pareil, d’un coup d’ongle sec, elles trancheront la tige grasse des fleurs couleur anis. Ploc, ploc, ploc… inlassablement, sous le soleil, pendant quatre heures elles détacheront de leurs branches noueuses la précieuse plante. Puis dévaleront alertes, la pente jusqu’à l’alambic avec leur récolte. Avant de repartir pour une nouvelle cueillette. Jusqu’à deux heures. 20 à 30 kilos par jours, payé 20


centimes d’euros au kilo. Tel est leur rendement. Tel est leur salaire. Distillé immédiatement, l’ylang donnera cette essence lourde, recherchée par les plus grands parfumeurs du monde. Vendue aussi en petites fioles sur les marchés.
Pour masser la mariée. Embaumer ses draps et son oreiller. Parfumer son hangue…. Ensorceler les homme.

LE BANGA, UNE CASE INITIATIQUE


Menacé un moment de disparition, le banga regagne du terrain. Et de nouveau paraissent de ci de là ces petites cases en terre battue qu’érigent, entre 11 et 13 ans les garçons, non loin du shanza, la maison familiale. Ils y apprennent à vivre en autarcie, y reçoivent leurs amis, y découvrent les plaisirs de l’amour. Initiés par leur mère aux règles du guruwa. Suite de jeux érotiques, très osés, le guruwa autorise les audaces les plus extrêmes hors la défloration. Avec comme ultime condition que la jeune fille soit discrète afin de ne pas compromettre sa réputation et ses chances de conclure, peut-être un grand mariage. Chaque banga possède sur l’arrière une fenêtre par laquelle la belle peut en cas « d’alarme », de visite impromptue s’échapper. En tout anonymat.
Les garçons rivalisent d’imagination pour baptiser leur banga « Le plaisir », « Sage poète de la Rue », « l’île de la tentation » et le décorer. Dessin naïfs, maximes qui révèlent la personnalité du propriétaire. Le banga de Maoulida ouvre sur la mer. Une vue exceptionnelle. Des balconnières fleuries faites de cannettes de bière, des murs tendus de tissus et des phrases à l’orthographe approximative mais qui épatent les filles, raconte en se marrant Maoulida : « T’aimer c’est facil, te le dire c’est difficil » ou encore « La vie sans amour c’es comme un slip sans lastique ». Poétique, non ! Maoulida quittera son banga pour se marier. Il sera alors détruit. Ephémère œuvre d’art. ephémère comme la jeunesse. Comme la vie sans sous.

L’HOT BLANC POUR ROBINSON AMOUREUX
Pour marier sa fille un sultan fit recouvrir de riz la plage de lave de son palais. Allah contrarié par ce gâchis déclencha une tempête noyant la noce, envoyant la plage au milieu des flots, pour être brûlée et blanchie en permanence par le soleil. Belle légende ! Pour être seul sur l’îlot, voir le soleil poindre, l’accoster en silence, vers 6 h, sans déranger les milliers d’oiseaux : noddi brun, sterne voyageuse, phaéton à bec jaune. On peut aussi s’y faire

déposer à la nuit tombante pour dormir et sabler le champagne et la belle étoile. Attention les courants violents, autour de l’îlot, entraînent les baigneurs vers le large. Louer barque et pilote chez Mirghane Milolo à Nyambadao..50 euros pour 6 personnes maxi.

NE RATEZ PAS UN DEBAH
Si, un samedi en passant dans un village vous entendez des chants s’échapper d’une tente improvisée, arrêtez-vous. Ecoutez, regardez. Vous serez subjugué. Chaque village possède son groupe débah, sorte de chorale de femmes d’âge homogène. Certaines sont de très jeunes filles, d’autres des dames d’un âge certain. Elles s’affrontent par groupe, mélangeant versets du Coran, paroles façon rap et danses. Ce sont ces « chorales » qui conviées aux grands mariages y apportent féminité et sensualité. A pleurer de beauté.

LEGENDES IMAGES

Photo 1
Mayotte, Pamandzi : Marié et témoins avant la céremonie.

Photo 2
Mayotte, Pamandzi : La « Passe en S » est une tranchée qui serpente dans la barrière de corail et constitue un passage obligé pour les plongeurs.

Photo 3
Ilot de Sable Blanc : Panoramique.

Photo 4, 5
Ouangani : Les Banga, sont des petites cases en terre battue qu’érigent, entre 11 et 13 ans les garçons, non loin du shanza, la maison familiale. Les dessins naïfs révèlent la personnalité du propriétaire, qui doit laisser cette case avant de s’épouser.

Photo 6
Mayotte, Pamandzi : Habitant de Mayotte.

Photo 7
Mayotte, Pamandzi : Femme avec Jacque.

Photo 8
Mayotte, Pamandzi : Cueillette de l’Ylang-Ylang.

Photo 9
Mayotte, Pamandzi : La Douane sur le marché de Mamoudzou.

Photo 10
Mayotte, Pamandzi : Scène de vie chez la Maison du Marié.

Photo 11, 15
Mayotte, Pamandzi : Mariage. Préparatifs pour le Debah, une sorte de chorale de femmes d’âge homogène. En mélangeant versets du Coran, paroles façon rap et danses, elles apportent féminité et sensualité.

Photo 12
Mayotte, Pamandzi : Mariage. Maquillqge pour le Debah, une sorte de chorale de femmes d’âge homogène. En mélangeant versets du Coran, paroles façon rap et danses, cettes très jeunes filles apportent féminité et sensualité à la fête.

Photo 13, 14, 16
Mayotte, Pamandzi : Mariage. Maquillage avant le Debah, une sorte de chorale de femmes d’âge homogène. En mélangeant versets du Coran, paroles façon rap et danses, ces très jeunes filles apportent féminité et sensualité à la fête.

Photo 17
Mayotte, Pamandzi : Préparation de la Dote, veille du mariage.

Photo 18
Mayotte, Pamandzi : Préparation de la dote du marié.

Photo 19, 20
Mayotte, Pamandzi : Danse de Debah. Présentation de la dote aux femmes.

Photo 21 à 24
Mayotte, Pamandzi : Habillage du marié.

Photo 25
Mayotte, Pamandzi : Cortège du marié.

Photo 26, 27
Mayotte, Pamandzi : Cortège du mariage pendant la présentation de la dote.

Photo 28
Mayotte, Pamandzi : Marié et témoins pendant le cortège du mariage.

Photo 29, 30
Mayotte, Pamandzi : Scène du mariage sans la mariée.

Photo 31
Mayotte, Pamandzi : Cortège du mariage.

Photo 32, 33
Mayotte, Pamandzi : Portrait d’ une des femmes qui danse dans le group Debah pour le mariage.

Photo 34
Mayotte, Pamandzi : Le Debah avant le mariage.

Photo 35
Mayotte, Pamandzi : Bijoux de Debah à l’occasion du mariage.

Photo 36
Mayotte, Pamandzi : Le Debah du mariage.

Photo 37
Mayotte, Pamandzi : Portrait.

Photo 38
Mayotte, Pamandzi : Spectacle de Debah pour le mariage. Cette femme est masquée pour représenter la mort pendant sa danse.

Photo 39
Mayotte, Pamandzi : Le marié rejoint la mariée à sa maison.

Photo 40
Mayotte, Pamandzi : Seulement après que le marié a rejoint la mariée, elle peut sortir.



















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