Fête des Pirogues, Luang Prabang - Laos
     
Fête des Pirogues, Luang Prabang - Laos

LAOS

LUANG PRABANG, LA FETE DES PIROGUES


Au Laos, la fête a gardé tout son sens. De très nombreuses manifestations, tant profanes que religieuses, rassemblent Laotiens de toutes origines dans un même élan, une même convivialité. Kermesse de pagode ou de quartier, carnaval parfois, les fêtes couvrent une signification très large. La fête est pour le Laotien un des moyens d'acquérir des mérites. A Luang Prabang, chaque année, la fête des Pirogues marque la fin du carême bouddhique qui coïncide avec la fin de la saison des pluies. Tous les villages aux alentours s’affrontent dans une corse sur le Mékong.


La région de Luang Prabang se distingue par l’influence importante qu’exerce les moines. Chaque localité, chaque quartier dispose au moins d’une pagode. Et comme les cycles de l’année dépendent du Mékong, il n’est pas étonnant que les fêtes religieuses épousent les caprices du fleuve. Ainsi, quand le débit du Mékong s’accélère en juillet, au début de la saison des pluies, les moines se retirent dans leurs temples pendant trois mois : c’est l’époque du carême bouddhique, propice au recueillement et à la prière. En septembre, le Mékong atteint sa crue maximale, et les moines célèbrent la fin des pluies en organisant des manifestations populaires en hommage au fleuve. La fête des pirogues, l’une des plus spectaculaires, est parrainée par chaque pagode formant une équipe de rameurs que tous vont encourager le jour de la course.

Trois journées pour une victoire

Dès 6 heures du matin les quinze rameurs de l’équipe de Wat Pa Houak se présentent devant leur pagode pour recevoir la bénédiction du vénérable et se recueillir dans la prière une heure durant. Parés des couleurs rouges de leur équipe, un foulard pourpre autour du front, les hommes hissent sur leurs épaules cette pirogue qui fait toute leur fierté : pendant un an, ils ont creusé le tronc d’un immense palmier de quinze mètres, façonné l’intérieur de l’embarcation et décoré l’étrave à la peinture jaune. Aujourd’hui, ils doivent affronter les dix équipes de leur province. Douze fois, ils vont monter puis redescendre le fleuve en planant leurs rames au plus profond de l’eau. S’ils ne passent pas en tête devant l’ancien palais royal, ils subiront les foudres des moines ; s’ils éliminent un à un leurs adversaires, ils gagneront l’estime de la population et de leur vénérable.

La cité du bouddha d’or

C’est en parvenant à Luang Prabang, l’ancienne capitale royale, que le visiteur se rend compte de la magnificence du pays. La cité du Bouddha d’or est un peu la Rome laotienne, le « Saint-Siège » de l’autorité bouddhiste. Quand Francis Garnier y pénètre le 27 mai 1867, il est frappé par la richesse du lieu qui détonne avec le reste du pays : « Nous n’avions pas rencontré une agglomération aussi considérable de maisons avec au milieu cet imposant palais du roi, adossé à un escalier de plusieurs centaines de marches conduisant à la pyramide sacrée des Laotiens. »


Au petit matin, la ville s’éveille dans le froissement des balais de branchages sur le parvis des monastères. En longues files rouge-orange, les moines à l’épaule nue déambulent au travers des quartiers selon un dessin immuable, quêtant dans un vase de cuivre l’obole en riz gluant des femmes agenouillées. Il y eut jadis à Luang Prabang une bonne soixantaine de Vat (monastères). La moitié a été abandonnée.
Les autres, un joli nombre encore pour une ville qui n’en est plus, avec ses 20 000 habitants que la quatrième agglomération du pays, fonctionnent tant bien que mal. Des temples sans ostentation mais d’une gracieuse élégance se nichent parmi les palmiers et les bougainvillées, leurs toits pointus cascadant presque jusqu’au sol, leurs faîtières comme un serpent à la queue arquée, leurs murs et les piliers de brique et de bois délicatement enluminés de rouge et d’or, entourés d’une armée de stupas, de reliquaires et de dépendances diverses.

Ils se sont tenus pour la forme la plus accomplie de l’art religieux laotiens. Le plus ancien pourtant ne date que de 1560 : le Xieng thong, « le monastère du flamboyant », fut choisi par deux ermites qui, après avoir découvert « une colline en forme de tas de riz », le Phusi, virent, au croisement de deux cours d’eau, le Mékong et la Nam Kham, un superbe flamboyant aux fleurs d’un rouge éclatant…

Comme l’ensemble de la ville, faite de bois, périodiquement détruite par les pillards, le feu ou l’humidité du climat, tous les monastères ont été maintes fois consolidés et rebâtis au cours des siècles, sans y perdre leur caractère. Leur dénuement actuel n’en est que plus troublant.

Du protectorat français, Luang Prabang conserve aujourd’hui des maisonnettes à vérandas, portiques et arcades. Déambuler au hasard des petites avenues rectilignes est la meilleure façon de s’accorder à la nonchalance de la ville. Se laisser guider par l’éclat doré d’un bouddha, suivre un groupe de moinillons qui regagnent leur temple, ne pas se laisser impressionner par l’ascension des 328 marches du mont Phusi d’où la vue plonge vers la rivière bordée d’hortillonnages et les toits incurvés des nombreux monastères.

Pourtant la ville est capable, aux premiers frappements de tambour, de se déchaîner dans une frénésie joyeuse. Car au Laos, chaque occasion de la vie est prétexte à faire un « boun », une fête. Comme cette fête des fusées « le bang fay », une tradition bouddhique très ancienne. Tard dans la nuit, le ciel du Mékong est sillonné par les lueurs fulgurantes de fusées. Les Laotiens marquent ainsi en mai le retour bienfaisant de la pluie. En septembre, les moines bouddhistes sortent du carême et les fidèles leur portent des offrandes. A la nuit tombée, on rend hommage au dieu du fleuve : une myriade de bougies flottantes, accrochées à de petits radeaux, glisse en silence. Arrive le mois d’octobre : c’est la fête des Eaux. Autrefois célébrée avec faste dans tout le Laos, elle marque la fin de la saison sèche, de la chaleur tropicale et des odeurs fortes.

Les grottes de Pak Ou

Mais non loin de Luang Prabang, quand les villages veillent pieusement sur leur pagode tutélaire, d’autres se désagrègent. Au Vat Tham, une grotte dans la falaise qui borde le Mékong, on entasse images et statues provenant des monastères ruinés. Au Vat Xieng Ngam, de précieux bouddhas rongés par les termites baignent dans une poussière tragique. Enfin, aux grottes-sanctuaires de Pak Ou qui surplombent le fleuve, des centaines d’autres semblent méditer dans l’oubli. Des statues d’or et de bronze sans aucune surveillance qui ne sont pas à l’abri d’éventuels pillages. Ces grottes que l’on ne peut atteindre que par bateau inspirèrent à Francis garnier une admiration sans borne, comme en témoigne ce récit : «Nous entrâmes dans la grotte. Des bouddhas de toutes dimensions sont échelonnés dans tous les recoins ; des fleurs, des banderoles, des parasols, des ex-voto de toute nature en décorent les autels.

La lueur des torches qui nous éclairait faisait vaciller de grandes ombres dans les profondeurs de ce temple naturel, et grimacer la figure ordinairement si placide du prophète Kapilavastou. Malgré l’originalité de cette décoration religieuse, je me demandais si elle ne rapetissait point la sauvage grandeur de cette caverne, et si l’éclat des stalactites n’eût point été préférable aux dorures effacées et aux couleurs, ternies par l’humidité, des colifichets bouddhistes.

Ce sont surtout les voyageurs et les bateliers du fleuve qui forment la pieuse clientèle de cette grotte, et les prêtres qui la desservent et qui habitent sur la rive opposée, au village de Pak Ou ne manquent jamais de fleurs ou d’offrandes. A l’époque des hautes eaux, le fleuve vient affleurer l’entrée même de la grotte. En 1856, une crue exceptionnelle l’inonda en partie, et les habitants ont indiqué la hauteur à laquelle l’eau s’éleva, par une ligne rouge tracée un peu plus loin sur la paroi unie et verticale du rocher. Cette ligne accuse une différence de 17,50m entre le niveau des plus basses eaux et celui de l’inondation cette année là. Reste que du promontoire de la grotte, c’est un admirable endroit pour assister aux courses de pirogues, si fréquentes au Laos, ou pour jouir des illuminations à l’aide desquelles les indigènes savent souvent rehausser l’éclat de leurs nuits tropicales. »


Légendes Photographiques

Photo 1, 2 : Une manifestation populaire
Chaque pagode forme une équipe de rameurs que tous vont encourager le jour de la course. Les rameurs se concentrent pour éliminer leurs adversaires et remporter la victoire.

Photo 3 : La porte d’or du Vat Xieng Thong
Vat Xieng Thong, le temple de la Cité d’Or, le plus important et le plus beau de Luang Prabang, représente le plus pur style lao. Le monastère de la ville du « flamboyant » abrite le char funéraire royal depuis le XVIème siècle.

Photo 4 : Le Mékong
Les cycles de l’année dépendent du Mékong. Quand le débit du fleuve s’accélère, au début de la saison des pluies, les moines se retirent dans leurs temples pendant trois mois. C’est le carême bouddhique.

Photo 5 : Les grottes de Pak Ou
Les grottes de Pak Ou sont situées à même la falaise. Elles ne sont accessibles que par bateau et abritent des centaines de statues de Bouddha.

Photo 6 : Scène de jeux
Les enfants aiment s’amuser dans les eaux boueuses du Mékong. Ils n’ont pas d’autres distractions.

Photo 7 : La victoire
Les vainqueurs saluent la tribune. Ils ont remonté et redescendu douze fois le fleuve. Ils ont gagné l’estime de la population et de leurs vénérables.

Photo 8 : Des trésors religieux
Des statues d’or et de bronze sans aucune surveillance remplissent les grottes de Pak Ou.

Photos 9, 10 : Le receuillement
Avant la course, chaque équipage vient se reccueillir à la pagode, où ils sont bénis par le vénérable.

Photos 11, 12 : Le début de la course
Parés des couleurs rouges de leur équipe, un foulard pourpre autour du front, les hommes hissent sur leurs épaules la pirogue.

Photo 13 : Les femmes
Il existe de nombreuses équipes de femmes. Elles suivent les mêmes règles que les hommes.

Photos 14, 15, 16, 17, 18 : La course
Les rameurs ont construit leurs barques eux-mêmes. Aujourd’hui, ils doivent affronter les dix équipes de leur province. S’ils ne passent pas en tête devant l’ancien palais royal, ils subiront les foudres des moines.

Photo 19, 20 : Les supportrices
Des jeunes filles parées des couleurs de leurs provinces, encouragent les rameurs.

Photo 21 : Un spectacle à ne pas manquer
Les spectateurs s’installent tout le long des rives du Mékong pour observer le combat que les rameurs se livrent entre eux.

Photo 22 : Les grottes de Pak Ou
Les grottes de Pak Ou sont situées à même la falaise. Elles ne sont accessibles que par bateau et abritent des centaines de statues de Bouddha.


Photo 23, 24 : Scène de jeux
Les enfants aiment s’amuser dans les eaux boueuses du Mékong. Ils n’ont pas d’autres distractions.

Photo 25 : Le commerce
Sur le Mékong, le traffic s’intensifie en été pour le commerce avec les pays voisins.

Photo 26 : Les grottes de Pak Ou
Creusées dans une falaise au confluent du Mékong et de la Nam Ou, les grottes de Pak Ou ne s’abordent qu’en bateau. Depuis des siècles, les gens de Luang Prabang y ont remisé environ huit milles bouddhas délaissés ou endommagés.

Photo 27 : La porte d’or du Vat Xieng Thong
Vat Xieng Thong, le temple de la Cité d’Or, le plus important et le plus beau de Luang Prabang, représente le plus pure style lao. Le monastère de la ville du flamboyant abrite le char funéraire royal depuis le XVI ième siècle.

Photo 28 : La prière au fleuve
Le Mékong prend une part importante dans la vie des bouddhistes. Les moines le prient régulièrement. Le Mékong a fait croître des civilisations précieuses et ferventes.

Photo 29, 30 : Le Mékong
Plus long fleuved’Asie du Sud-Est (4180 km), le Mékong commence en Chine. Dans toutes les contrées, le Mékong irrigue les rizières, portent les hommes et les nourrit.

Photo 31, 32 : Les femmes
Les femmes portent le costume traditionnel qu’elle fabriquent elles-mêmes. Elles ont une place importante dans la société.
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